28 novembre 1872

« 28 novembre 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 328], transcr. Bulle Prévost, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9963, page consultée le 09 mai 2026.

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Cher adoré, c’est encore trop que tu sois venu tout à l’heure attacher ta serviette1 sous cette hideuse pluie. J’en suis bien touchée et bien reconnaissante et bien heureuse mais il ne faut pas cependant que tu me donnes ce bonheur au prix de ta santé, ce serait le payer trop cher. Le raisonnable, si tu veux m’en croire et en convenir avec moi, serait de renoncer au signal tout le temps que durera cette mauvaise saison. Je t’assure que mon âme te verra à travers les murs et que mes baisers sauronta bien malgré l’obstacle aller te trouver et se poser sur toi sans se perdre en route et sans se tromper. De cette façon, nous concilierons tout, ta santé et mon amour. Est-ce dit ? Tope-là et… viva el rey2… de mon cœur ! Comment as-tu passé la nuit, mon cher petit homme ? L’absence de Passus ne t’a-t-il pas empêché de dormir ? J’en ai plus peur qu’envie et je serai bien contente si mes craintes ne sont pas fondées. Je te fais souvenir, mon grand bien-aimé, que tu m’as promis la copie de l’écrabouillage du citoyen Ségur3. Mes pattes de mouches grillent d’envie de lui tomber sur la carcasse à plume raccourcie. Tu serais bien gentil de répondre à leur impatience par la prompte livraison de ton terrible manuscrit. Je l’espère et je l’attends et je te remercie d’avance de me choisir pour collaborateuse. Je t’adore.


Notes

1 Voir Torchon radieux.

2 « Vive le roi » en espagnol.

3 Louis-Gaston de Ségur est un évêque qui s’insurgea largement contre Les Misérables. Le 17 décembre 1872, Victor Hugo lui répond dans une lettre (probablement celle que souhaite copier Juliette Drouet et qu’elle évoque) dont voici un extrait : « Il y a dans Les Misérables un évêque qui est bon, sincère, humble, fraternel, qui a de l’esprit en même temps que de la douceur […] d’où il faut conclure que Les Misérables serait un livre admirable si l’évêque était un homme d’imposture et de haine, un insulteur, un plat et grossier écrivain, un idiot vénéneux, un scribe de la plus basse espèce, un colporteur de calomnies de police, un menteur crossé et mitré. Le second évêque serait-il plus vrai que le premier ? Cette question vous regarde, monsieur. Vous vous connaissez en évêques mieux que moi. […] »

Notes manuscriptologiques

a « saurons ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.

  • 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
  • 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
  • 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
  • 16 marsActes et Paroles.
  • 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
  • 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
  • 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
  • 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.